L’interview : Chloe Bernard

Cela fait longtemps que j’entends parler de Doula……mais en rencontrer une en “Chair et en Os” c’est autre chose !

Le Blog – Bonjour Chloé, qui êtes-vous ?

CB – Je suis Chloé Bernard, j’ai 38 ans et j’habite en Finlande depuis 10 ans. Je vis avec ma famille à Vantaa et je suis Doula.

Le Blog – C’est quoi une Doula ?

CB – Le rôle de Doula a toujours existé. Le mot vient du grec et signifie “servante”. Le métier moderne de Doula s’est répandu d’abord aux Etats Unis puis au Royaume Uni dans les années 90 avant de devenir populaire dans le reste du monde dans les années 2000.
La Doula est une personne qui facilite les transitions d’un état à un autre, d’un monde à un autre.

Le Blog – Et concrètement cela se passe comment ?

CB – J’informe les parents, je les soutiens quels que soient leurs choix, je les accompagne tout au long de la grossesse, pendant l’accouchement si les familles le désirent mais aussi pendant la période très délicate du postpartum.
J’aide à la préparation d’un plan de naissance tout en informant des bénéfices et des risques de chaque intervention et des différents moyens de lutter contre la douleur.
J’explique également le rôle de la douleur dans le processus physiologique de la naissance.
Je parle du fragile mais magique cocktail d’hormones qui le maintient. Je parle d’amour et d’ocytocine.
J’encourage également les parents à poser des questions aux équipes médicales et je discute du consentement des patients qui pour moi est essentiel.

Le Blog – Apportez-vous aussi des soins ?

CB – Oui, aussi, durant les différentes étapes par lesquelles passent les futures parents.
Pendant la grossesse, je masse, j’établis une relation de confiance, j’écoute beaucoup, je propose des exercices d’équilibrage, j’accompagne le ou la partenaire à trouver sa place aussi et je lui enseigne des bercements au rebozo (une écharpe mexicaine en coton).
Pendant l’accouchement, j’apporte mon soutien moral et physique.
J’encourage, je console, je nourris, je masse, je porte, je danse le slow, je comprends, je protège la bulle.
Après la naissance, j’aide à l’allaitement si besoin (malgré le fait que je ne sois pas consultante en lactation), j’apporte à manger, je fais de menus travaux ménagers, je peux aussi promener le chien, faire des courses, porter le bébé pendant que la maman prend sa douche, masser, chouchouter le corps de celle qui vient de donner la vie et l’aider à fermer le chapitre de la grossesse pour entamer celui de la maternité.
Il est aussi très important de débriefer sur l’accouchement, les ressentis, les douleurs physiques et morales.

Le Blog – Tout un programme ! Et qu’est-ce qui vous a poussé à devenir Doula ? Ce n’est pas un métier ordinaire …

CB – La naissance de mon premier fils a été, pour moi, un fiasco.
Je l’ai vécue de manière traumatique: personnel médical infantilisant, conseils contradictoires des infirmières post-accouchement, peu de soutien à mon allaitement.
Je me suis sentie trahie et abandonnée. Un gros moment de solitude.
Pour la naissance de mon deuxième, j’étais beaucoup plus renseignée et mieux entourée. L’accouchement a été doux, je me suis sentie respectée et mon allaitement s’est très bien passé. Cette deuxième expérience positive a su panser les douleurs de ma première expérience. J’en garde bien sûr des cicatrices mais je vais beaucoup mieux.

Le Blog – Un vécu personnel….

CB – Oui, le contraste de ces deux expériences m’a orienté professionnellement dans le métier de Doula.
J’ai donc suivi une formation chez Doulakka avec Veera Gindonis puis j’ai créé ma marque Ilmatar Doula.
J’aimerais que toutes les personnes portant la vie puissent avoir la chance d’avoir un accouchement puissant, beau, enrichissant. En anglais, on parle beaucoup d’empowerment. La naissance d’un bébé, c’est aussi la naissance d’une maman.
C’est un événement qui nous change à jamais, un événement qui modifie nos corps, nos cerveaux et nos vies.
Un événement qui agit aussi sur la confiance en soi.

Le Blog – Quel beau métier…

CB – Non seulement je suis Doula mais je lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales.
Le modèle de soins patriarcal de notre société doit changer. Les corps féminins ne sont pas des machines cassées que l’on doit réparer. Les corps féminins sont puissants et méritent le respect. L’âme et l’esprit qui s’y trouvent, aussi.

Le Blog- Oui, je suis entièrement d’accord avec vous, il y a encore beaucoup de travail à faire pour changer ce modèle médical patriarcal, car la plupart des femmes ne se rendent pas compte de ce qui leur est fait….je l’ai moi même expérimente de la part du milieu médical, de ma famille et des mes amis car c’était pour mon bien !
Et que faisiez-vous avant d’être Doula ?

CB – Les circonstances de la vie, la situation économique de la société dans laquelle je travaillais, mes propres convictions, et la rencontre avec Siri, une doula, ont influencé ma reconversion.

De nos jours, on a souvent plusieurs vies dans une même vie : dans ma vie d’avant j’ai été responsable de campagnes marketing, chef de projet design mais aussi business manager. J’ai eu aussi l’occasion de tenir un petit café à Myyrmäki, en banlieue d’Helsinki, dans l’enceinte d’un hall de skate. Maintenant, quand je cuisine professionnellement c’est pour le post-partum.

Le Blog – Avez-vous remarque des changements depuis que vous êtes Doula ?

CB – Le changement est lent mais il opère sûrement. Les Doulas ont d’abord été décriées. Elles étaient associées à des extrémistes de l’accouchement naturel et considérées comme élitistes et inutiles. Il convient de replacer tout cela dans un contexte où l’accouchement à l’hôpital est la norme, le modèle technico-médical (versus le modèle de la sage-femme) est roi, dans une société encore patriarcale où on aime gérer, contrôler et taire les parturientes.
La situation est un peu différente en Finlande et en France. En Finlande, les Doulas sont connues et bien acceptées dans tous les hôpitaux. Elles font aussi partie d’une association: Suomen Doula Ry. Les choses s’organisent et j’ose espérer que prochainement les services des Doulas seront partiellement remboursés par la sécurité sociale et les assurances santé.
A savoir : une femme qui veut accoucher à la maison en Finlande doit payer l’intégralité des soins de sa poche (la sage-femme, la Doula, la location de la piscine.)
En France, les Doulas ont aussi leur association: Association des Doulas de France. Leur métier est un peu plus encadré qu’en Finlande mais nombreux sont les hôpitaux qui les refusent. Récemment, la maternité de Nanterre a pris le parti d’accueillir et travailler avec les Doulas membres de l’association. Un exemple à suivre !

Le Blog – Assurément, et pour le bénéfice de tous….

CB – La Doula est souvent comparée à la sage-femme, mais leurs rôles sont différents: la sage-femme est formée médicalement. Elle connaît la physiologie mais aussi la pathologie, elle examine et intervient en administrant des analgésiques, des hormones de synthèse ou autre.
La Doula est formé mais pas médicalement. Elle connaît la physiologie de la naissance mais ne peut intervenir médicalement parlant. Son principal rôle est d’être présente en permanence, contrairement à la sage-femme qui doit se partager entre plusieurs parturientes. Elle doit être à l’écoute et ne pas juger. Elle apporte son soutien et son savoir, inconditionnellement.
Les conjoints comprennent de plus en plus le rôle complémentaire de la Doula à leur égard : la Doula ne leur pique pas leur place mais les accompagne également. Elle les guide. Les conjoints apportent leur amour, leurs caresses et leurs mots doux. La Doula connaît le processus de la naissance et sa présence est calmante. Elle permet également aux conjoints de faire une sieste sans culpabilité lorsque la fatigue s’installe : dans les cas où le travail dure plus de 24h, ce relais humain n’est pas négligeable.
Un autre changement remarqué : au début il y avait uniquement des Doulas femmes. Le métier s’ouvre de plus en plus à d’autres genres.

Le Blog – Que souhaitez-vous partager de particulier avec nous ?

CB – Je souhaiterai insister sur le droit des patients et des parturientes: vous avez droit au respect, quels que soient votre sexe, vos préférences sexuelles, le genre auquel vous vous identifiez, votre couleur, votre origine, votre religion, votre langue, vos pathologies, votre historique médical, votre statut social, la taille de votre porte-monnaie…
Exigez le respect, l’écoute et le consentement.
Et si vous avez été victimes de violences, n’hésitez pas à en parler. Prenez soin de vous. Votre santé (mentale et physique) est une priorité. Chouchoutez-vous, pardonnez-vous, aimez-vous.

Le Blog – Et bien, merci beaucoup Chloé pour ce partage, j’espère qu’il va aider beaucoup de femmes, mais aussi d’hommes à vivre positivement ces différentes étapes de la vie……..et merci pour ce beau message final.

  • Vous pouvez  contacter Chloé Bernard en Finlande au + 358 40 145 9457 ou par courriel ilmatardoula@gmail.com
  • Et bien sûr allez visiter son site www.ilmatardoula.fi

 Brève Biographie :
– Birth Doula – Doulakka, Veera Gindonis, Helsinki 2017
– Gua Sha
– Kätilö, Kädet ja Sydän, Johanna Honkanen, Helsinki 2017
– Breastfeeding MOOC, coordinated by the lactarium of Necker Hospital in Paris, the GEN-IF (Francilian study group on neonatology) and the Parisian Perinatal Health Network, 2017
– Prenatal yoga & birth preparation
– Paramana Doula Course, Physiology and birth, Seminary (3 days), organised by the association Bien Naître, Marjorie Roux
– Paramana Doula, Michel Odent and Liliana Lammers, Issy-les-Moulineaux, 2018
– Birth, Trauma, Evolution – workshop (8h), organised by Viviane Lemaigre Dubreuil
– Spinning Babies® Workshop with Jennifer Walker (7h), organised by Kätilö, Kädet ja Sydän, Johanna Honkanen, Espoo 2019
– Postpartum workshop with Gabriela Ariana from Juurakon Voima, Vihti, May 2019
– Birth Doula – Certification course (250h) Doulakka, Veera Gindonis, Helsinki 2020

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